Une rencontre sous le signe de l’écologie !

Il y a tout juste trois, alors responsables du groupe « Asie » des Verts français avec mon ami Jean-Marc Brûlé, nous organisions une rencontre entre le Dalaï-Lama, de passage à Paris, et Dominique Voynet. Retour sur un moment d’intense émotion, et sur une rencontre très riche.

Par Franck Contat

26 septembre 2000

Aujourd’hui, la ministre de l’environnement Mme Voynetet le représentant de la cause tibétaine ont ainsi abordé aussi bien les problèmes politiques du Tibet que les problèmes écologiques – aux conséquences humaines catastrophiques.

La visite du Dalaï Lama revêt une importance toute particulière pour le CREDDA, en tant que représentant d’un peuple opprimé, et témoin d’un génocide : sur 6 millions de Tibétains, 1 million a été massacré par les Chinois depuis les années 50.

Les Chinois s’emploient, par des transferts massifs de populations, et par l’action conjuguée de la force armée et de lois restrictives, à anéantir la culture tibétaine dans tous ses aspects. Beaucoup des 6000 temples tibétains ont été détruits, certains ayant ensuite été reconstruits dans le seul dessein d’attirer les touristes de passage.

Le bouddhisme, religion dominante au Tibet, a parmi ses principes fondateurs la non-violence. Pour les Occidentaux, il correspond d’ailleurs davantage à une philosophie de la responsabilté et de la conscience, et trouve aussi des correspondances avec le penser global agir local qui imprègne notre pensée écologiste.

La posture politique du Dalaï Lama correspond d’ailleurs à son éthique non-violente, puisqu’il ne réclame pas que le Tibet soit indépendant, mais simplement que son autonomie et son unicité soit reconnues, ce à quoi la Chine s’oppose en exigeant que le Dalaï Lama reconnaise officiellement que le Tibet a toujours été chinois depuis l’an Mil

Dans ce contexte, et vu la sympathie dont jouit le Dalaï Lama en Occident, et l’intérêt croissant des occidentaux pour les philosophies orientales (6000 personnes à Charletty pour entendre le Dalaï Lama), cette rencontre était symboliquement, politiquement et philosophiquement un geste fort.

Le Dalaï Lama a pu exposer à la Ministre la nouvelle tournure prise par l’oppression chinoise au Tibet. Depuis 50 ans, aussi bien à l’extérieur de ses frontières qu’à l’intérieur, la Chine n’a jamais réussi à imposer son autorité morale sur le Tibet. Or de nouveaux tranferts de populations sont prévus pour que 20 millions (!) de Chinois partent s’isntaller au Tibet, et 200 millions (!!) au Xinjiang, vaste région musulmane, dans le cadre d’un gigantesque projet de développement de l’Ouest de la Chine. Des infrastructures énormes devront accueillir toute cette population, notamment un réseau autoroutier au cœur d’une région particulièrement riche et fragile écologiquement. L’équilibre économique des sociétés nomades tibétaines est lui aussi mis en péril par la libéralisation du commerce, notamment du bétail, dans tout l’Ouest de la Chine.

Ainsi c’est toute une culture, tout un peuple, toute une flore et une faune qui sont menacés de mort, par ce que le Dalaï Lama appele “la solution finale”.

Dominique Voynet a rappelé que les déforestations au Tibet sont d’ores et déjà catastrophiques, de même que l’exploitation minière à tout va qui se pratique actuellement dans les rivières tibétaines.

Elle a insisté sur l’importance de la création de liens entre collectivités locales, entre associations, entre citoyens français et tibétains, à travers des jumelages, des rencontres, y compris avec des Chinois eux-mêmes, car c’est au cœur de la Chine, notamment à travers une prise de conscience des intellectuels et des artistes, que peut naître le salut du Tibet.

Il y a urgence, car le bouddhisme est désormais officiellement déclaré ennemi public à éradiquer par tous les moyens. Le risque est grand pour le peuple tibétain, qui a le choix entre l’exil comme 150 000 de ses compatriotes, et l’acculturation. Le risque est encore plus grand en vérité de par l’impact sur la nature tibétaine, car « on peut détruire le mandala une fois qu’il est achevé, pour en recommencer un autre ensuite, mais si l’on détruit le sable, on ne peut plus construire de mandala. »