Nouveau membre dans l’équipe en Birmanie

Récemment arrivé au sein de Green Lotus, mon action essaiera d’étayer et d’enrichir les connaissances des différentes parties prenantes concernées par les problématiques environnementales qui guettent le Myanmar, de la pollution de l’air, de l’eau, et du sol, à la perte de la biodiversité et aux conséquences du changement climatique. Cette action de soutien et d’auto responsabilisation de la société civile prendra différentes formes : organisation de contenus pédagogiques pour leur formation, appui technique sur les enjeux environnementaux et recommandations et mise en réseau, et s’ajoutera au travail de l’équipe déjà présente sur place. Ma mission permettra, en conséquence, d’apporter des outils à la fois aux acteurs non étatiques (secteur privé et société civile) et aux acteurs étatiques (députés, autorités locales) pour leur permettre de mieux appréhender la complexité et la nécessité de la résolution, voire de l’évitement, des problèmes environnementaux, et ce, à la fois sur le court terme, comme sur le long terme.

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En effet, plus que jamais, la richesse en ressources naturelles du Myanmar constitue un atout majeur, potentiellement attrayante pour un grand nombre de capitaux étrangers. Pétrole, gaz naturel, ressources minières, terres arables, bois s’ajoutent ainsi à la liste des ressources de l’industrie extractive. Toutefois, par le nombre fabuleux d’espèces qu’il contient, le Myanmar fait aussi partie de ces « hotspots » de la biodiversité terrestre et l’Écorégion Indo-Burma, définie par Conservation International, occuperait une place primordiale dans ces préoccupations de protection, classée parmi les 8 régions les plus importantes du monde. Et de son côté, le changement climatique pourrait toucher le pays de plein fouet dans les années à venir, en faisant le second pays le plus sinistré après le Bangladesh.

Dès lors, et face à ces différents enjeux, le développement de l’économie du Myanmar pose un certain nombre de questions fondamentales qui devront être rapidement résolues. En premier lieu, comment est-il possible de concilier le développement économique du pays et la protection de l’environnement, ou du moins la minimisation des dégradations environnementales entraînées par celui-ci ? Un changement du modèle classique de croissance extractif, en s’appuyant sur les paradigmes de l’économie verte, pourra permettre de mieux attribuer sa juste valeur à l’environnement et tendre vers une exportation de biens à haute valeur ajoutée à la place d’une exportation massive de produits naturels bruts.

Deuxièmement, la mise en place de réformes du système administratif de gestion environnementale devra répondre aux enjeux classiques d’un grand nombre de Pays En Développement, notamment lorsque des moyens administratifs et de contrôle, dotés de ressources financières et humaines propres, sont nécessaires pour une mise en œuvre effective et efficace du cadre normatif. En ce sens, et à côté d’autres mesures, le renforcement de la National Commission for Environmental Affairs en une autorité administrative élevée au rang d’administration de l’État pour la protection de l’environnement constituera une première étape nécessaire pour élaborer et appliquer des politiques environnementales.

Enfin, le développement des infrastructures, de l’industrie et de l’agriculture devra se dérouler en accordant une place primordiale aux enjeux environnementaux. Les barrages, détruisant de nombreux habitats naturels et perturbant des populations locales, devront être évités au maximum. Il en va de même pour les exploitations minières dont les effluents toxiques se déversent directement dans l’eau. L’agriculture traditionnelle sera aussi transformée en une agriculture écologique moderne, demeurant à une échelle appropriée, sans usages de pesticides et d’herbicides de synthèse, et faisant fi des innovations technologiques industrielles fortement polluantes et dépendantes du savoir d’autres pays, tout en augmentant son rendement et se préparant au changement climatique. L’urbanisation massive, que s’apprête à connaître le pays avec l’exode rural, devra elle aussi s’effectuer dès le départ de manière raisonnée et écologique pour éviter des erreurs trop souvent répétées.

En résumé, mon action essaiera d’accompagner les acteurs étatiques et non étatiques dans la conduite de projets, dans leur formation et sensibilisation aux enjeux environnementaux. Ainsi éclairés et soutenus dans leurs initiatives, les Birmans pourront tenter de mettre en place un développement durable du Myanmar, renonçant aux trajectoires parfois désastreuses empruntées par certains de leurs voisins. Comme dirait le proverbe birman : « l’eau peut même déplacer la pierre la plus dure », espérons qu’il en soit ainsi !

Lucas Brunet