La situation au Tibet

Cette note présentant la situation au Tibet est envoyée aux candidatEs à l’élection présidentielle, assortie d’un questionnaire et d’une proposition de rendez-vous avec le CREDDA.

Occupé et colonisé par les forces chinoises, le peuple tibétain n’a pu s’engager sur son sol vers le progrès. Si, avant 1949, le féodalisme prévalait, ce système n’était ni meilleur ni pire que celui qui régnait alors dans les zones rurales chinoises ou qui se perpétue sous des formes diverses dans le sous-continent indien. Pourtant, avant l’invasion, le Tibet commençait à changer par lui-même.

Or, en imposant non seulement un système idéologique mais aussi une colonisation de peuplement (les Tibétains sont aujourd’hui minoritaires sur leur propre sol) les Chinois ont opéré une acculturation sans précédent. Admettre comme progrès les contraintes imposées par la Chine, c’est donner corps au dogme colonial qui, de tous temps, dit apporter la civilisation à des peuples “ arriérés ” pour mieux imposer une domination économique, sociale, politique. Rappelons que, selon le rapport de la Commission Internationale des Juristes (CIJ, Genève, Déc. 97) : LES TIBETAINS SONT UN PEUPLE SOUS DOMINATION ETRANGERE

Sous l’épreuve de l’occupation chinoise, la Résistance intérieure comme les Tibétains en exil ont cependant pu suivre leur voie vers le progrès, aussi loin du système collectiviste policier chinois que du libéralisme effréné. Ainsi, comme peuvent le constater les nombreux visiteurs, les relations économiques au sein de la petite communauté en exil sont marquées par la solidarité, tandis que la Constitution élaborée par le Parlement correspond à celle d’une monarchie parlementaire occidentale, où le Dalaï-Lama n’a guère plus de pouvoirs que la Reine des Pays-Bas. Le multipartisme est la règle à Dharamsala, capitale d’exil des Tibétains.

Tandis que la Chine a transformé le Tibet en vaste poubelle pour ses déchets nucléaires, faisant courir des risques immenses à l’ensemble du continent asiatique (les grands fleuves – Yang Tsé Kiang, Mékong, Brahmapoutre… – y prenant leurs sources) la communauté tibétaine en exil considère l’écologie comme un enjeu de tous les instants. Sans doute la philosophie bouddhiste les y aide beaucoup. Tous les projets pour un Tibet libéré font référence à ce propos de Jean-Yves Cousteau : “ on ne lègue pas la Terre à nos enfants mais on la leur emprunte ”.

Cette occupation n’est pas uniquement un ethnocide, elle est un génocide (1 million de Tibétains sur 6 millions sont morts de l’occupation chinoise).

Au Tibet, il y a encore des campagnes de stérilisation forcées destinées aux Tibétaines. Bien que les minorités aient le droit en Chine d’avoir 2 enfants, les Tibétaines doivent donner le bon exemple. Si elles dérogent à la règle de limitation des naissances, elles doivent payer une amende astronomique pour un pays sous-développé comme le Tibet. Les enfants en sus ne sont pas enregistrés et ne peuvent obtenir d’éducation. Le taux de mortalité des enfants tibétains est 3 fois celui de la Chine; il y a un grave problème de malnutrition infantile.

Sans doute si la voie de la violence, des attentats aveugles, avait été choisie, la cause du Tibet aurait été prise avec plus de considération. Mais tel n’est pas le cas, et, comme en Birmanie, le pari qui a été fait est celui de la force d’un peuple, face à celle, brutale et cruelle, de la dictature.

Car les Tibétains savent de toutes façons qu’ils devront vivre avec la Chine, immense pays voisin avec lesquels des liens historiques complexes ont de tous temps été établis. C’est pourquoi leur revendication majoritaire n’est pas l’indépendance, mais l’autonomie dans le cadre chinois, et la transformation du Tibet en vaste zone démilitarisée, dénucléarisée, gage de pacification dans une région du monde où trois puissances nucléaires – Chine, Inde, Pakistan – sont en conflit larvé depuis cinquante ans.

Malgré cela, la Chine continue – et amplifie – son oeuvre de colonisation. Lhassa, la capitale historique du Tibet, a été transformée en ville chinoise, où les “ quartiers chauds ” (prostitution, karaokés…) remplacent les anciens lieux de recueillement. L’étude de la langue tibétaine est restreinte aux premières années du primaire – quand des enseignants sont disponibles – mais son usage est proscrit dans l’administration et, plus généralement, dans toutes les relations sociales. La pratique de leur foi par les Tibétains – partie intégrante, sinon primordiale, de leur identité – est de plus en plus contrôlée: si un adoucissement avait été perçu après la “ révolution culturelle ” (pendant laquelle la quasi-totalité des monastères avait été détruite), les autorités chinoises cherchent à nouveau à limiter la liberté religieuse, en particulier en imposant des séances de “rééducation” aux moines et aux nonnes, quand ces derniers ne sont pas purement et simplement emprisonnés. Ainsi, le jeune “ Panchen Lama ”, âgé de 11 ans (plus jeune prisonnier politique du monde) est-il en prison depuis maintenant cinq ans…

RÉPRESSION DE MASSE…

La récente fuite du Tibet du Karmapa âgé de 14 ans illustre, si cela était encore nécessaire l’absence de liberté au Tibet.

En effet, selon le Centre tibétain pour les droits de l’homme et la démocratie (TCHRD), près de 1500 religieux ont été expulsés de leurs monastères sur ordre des autorités chinoises en 99 parce qu’ils refusaient de « dénoncer » le Dalaï Lama. Depuis 96, la campagne « frapper fort » de « rééducation » a mené à l’expulsion d’au moins 11 409 religieux et à l’emprisonnement d’au moins 541 d’entre eux. En 99, le TCHRD fait état de 615 prisonniers politiques dont 162 femmes, et 62 condamnées à plus de 10 ans d’emprisonnement. Une nonne, N Sangdrol a été condamnée à une peine totale de 21 ans ! Un musicologue, N Choephel, a été condamné à 18 ans, un Professeur âgé de 72 ans a été condamné à 28 ans.

La torture systématique des prisonniers politiques a conduit à la mort d’au moins 10 d’entre eux cette année. Depuis que la Chine a signé la Convention contre la torture, 69 Tibétains sont morts conséquemment à des tortures.

Il est interdit de détenir un portrait du Dalaï-Lama. Les moines et nonnes doivent dénoncer par écrit le Dalaï-Lama au cours de séances intensives de rééducation. En 1997, le bouddhisme a été qualifié de « culture étrangère ».

Les manifestations sont systématiquement dispersées et violemment réprimées. Les participants sont généralement voués à la rééducation politique par le travail forcé, et des condamnations à mort sont prononcées, sans procédure régulière. La torture des détenus reste fréquente

Chaque année, en hiver, lorsque les gardes frontière relâchent leur surveillance parce que les conditions climatiques deviennent extrêmement rudes, des Tibétains tentent de fuir leur propre pays vers le Népal et l’Inde. Cette année encore, au moins 3.000 Tibétains ont fui le Tibet. Un tiers sont des enfants de moins de 18 ans recherchant une éducation en exil. De nombreux exilés doivent faire l’objet de soins immédiats, et subissent fréquemment des amputations. Un grand nombre meurt en cours de route.

 

Le temps ne joue pas en faveur des Tibétains…