Environnement au Tibet : une catastrophe écologique

L’aggravation des inondations en Chine et au Tibet est une conséquence directe de la déforestation, qui atteint 85% au Tibet !

Alors que nous créons actuellement le CREDDA (Centre de ressources sur le développement durable en Asie), ayons à l’esprit la dramatique catastrophe écologique en cours au Tibet.

 

L’essentiel de la faune et des forêts est détruit; la désertification menace la vie des tibétains, mais également augmente considérablement les risques d’inondation en Inde et en Chine, comme nous avons déjà pu le voir.

En 1950, au moment de l’invasion du Tibet par l’armée chinoise, les forêts recouvraient 10% de la superficie du Tibet (25 millions d’hectares, soit la moitié de la superficie de la France!) Ces forêts étaient essentiellement situées le long des fleuves, souvent sur des pentes à 30%, et s’étalaient sur de vastes étendues inaccessibles, habitats d’une multitude d’espèces animales dont la biodiversité est comparable à celle de la forêt amazonienne. Depuis, des routes ont été construites pour exploiter ces forêts. Des coupes claires ont été réalisées, rayant de la carte totalement certaines forêts. En 1985, la moitié de la surface de la forêt était rasée (1). Selon des informations récentes, la déforestation atteint maintenant 85%. Ainsi, «  des forêts qui absorbaient et retenaient la majorité des précipitations dues à la mousson, ont pour une grande part disparu « , déclarait récemment Lester Brown de l’organisation pour la défense de l’environnement WWI (2). Au rythme où va cette exploitation, la forêt aura totalement disparu dans deux ans! Ce n’est pas seulement la forêt tibétaine qui est en danger de disparition, mais aussi son écosystème. Après de telles coupes claires, la forêt ne peut se reconstituer. D’une part, la couche d’humus du Tibet est mince, car il s’agit d’une région géologiquement récente. De plus, les variations de température entre le jour et la nuit sont très grandes à terrain découvert. Bien évidement, l’érosion finit par emporter l’humus qui n’est plus retenu par les racines, contribuant de ce fait à l’ampleur des inondations en aval. Le taux d’érosion du sol s’élève maintenant à 30% (2). De plus, les prairies sont elles aussi en diminution, du fait de leur utilisation par l’armée chinoise. Les mines d’exploitation à ciel ouvert se sont multipliées pour la recherche d’or, notamment. Ces deux facteurs concourent aussi à la disparition du sol et induisent des pollutions importantes. Nous rappelons que d’autres sources de pollution viennent de déchets nucléaires générés par la Chine ou pris en charge par la Chine pour le compte d’autres pays et déposés sur le plateau tibétain, comme par exemple près du lac Kokonor.

Les conséquences de cette politique de pillage des ressources du Tibet visant un intérêt à court terme sont dramatiques non seulement pour les populations locales, mais aussi pour les régions en aval. Les crues du Yangtsé ont fait déjà probablement plus de 10 000 morts et 250 millions de sans-abri cette année en Chine pour lesquels les risques d’épidémie sont réels. Les mêmes problèmes surviennent pour les autres pays irrigués par les fleuves naissant au Tibet : c’est le cas de l’Inde, du Laos et du Bangladesh. L’AFP rapporte que le gouvernement chinois a admis récemment que la déforestation massive a joué un rôle important dans l’aggravation constante des inondations ces dernières années. Des conséquences plus générales pourraient se faire sentir : les risques de conséquences sur l’économie de la Chine et de l’Inde ne sont pas à négliger, et affecteront bien évidement l’économie mondiale dans son entier.

Quelles solutions apporter à ces catastrophes? La Chine construit actuellement un barrage sur le Yangtsé (barrage des Trois Gorges), et prévoit d’en construire un autre sur le Brahmapoutre (après explosions de charges nucléaires- auxquelles s’oppose à juste titre l’Inde qui recevrait l’eau contaminée…) Ces grands travaux extrêmement coûteux ne résoudront pas le problème à la source dû à la déforestation et à l’érosion massive. En outre, ils entraîneront l’inondation de vastes plaines, priveront de leurs terres des centaines de milliers de chinois, et ne suffiront même pas à contrebalancer l’assèchement des lacs réalisé pour étendre les terres cultivables.

Il y a urgence à arrêter cette surexploitation et à entreprendre une bonne politique de reforestation. Le Vice Président de la Chine, Wen Jiabao vient d’envisager un programme de reforestation dans le bassin du Yangtsé. L’érosion rendra ce travail très difficile. Les Tibétains sont mieux à même de réaliser un tel travail pour préserver leur environnement, car ils ont une longue tradition de respect de la nature. Il ne s’agit pas là seulement de l’influence Bouddhiste du respect de toute vie, mais cela tient aussi à la culture tibétaine. Le développement harmonieux du Tibet et de la Chine passera par l’instauration d’une fédération où chaque partie gagnera à travailler avec l’autre, comme le souhaitent les démocrates chinois et le Dalaï Lama.

En 1987, le Dalaï Lama proposait un plan de Paix en 5 points comme base d’un dialogue avec la Chine. Le 4ème était le suivant : «  La restauration et la protection de l’environnement naturel du Tibet et l’abandon de l’utilisation par la Chine du Tibet comme base de production d’armes nucléaires et de dépôt de déchets nucléaires. «  Les dizaines de milliers de morts dues aux inondations, et les risques pour la santé, l’alimentation et l’économie de millions de chinois sont là pour nous rappeler l’urgence d’une solution juste sur les hauts plateaux tibétains. Une telle solution ne pourra naître que de la négociation, du dialogue et de la compréhension de l’intérêt commun que ne cesse de prôner le Dalaï Lama.

d’après des informations de: (1) «  Environment & Development-Tibet «  Tempa Tsering et Sanjeev Prakash; & (2) « Watersheds of the world: Ecological value and vulnerability » World Watch Institute.