Après quelques mois: première analyse du green movement en Birmanie

La société civile écologique birmane est très active, mobilisée et dynamique. Son organisation et ses champs d’action sont marqués par l’histoire particulière du pays, soumis à la dictature militaire et la répression des libertés pendant cinquante ans. On distingue ainsi deux traditions au sein du mouvement écologique qui diffèrent dans leurs origines, leurs influences et leurs thèmes. 

Le courant « classique » considère l’environnement comme un motif d’engagement et de mobilisation de la société civile par excellence. L’écologie est un combat citoyen qui doit être mené pour défendre l’environnement naturel et social des habitants. En ce sens, l’écologie ne doit pas être ramenée dans le giron de la politique. Les représentants les plus connus et les plus influents de ce courant sont les deux organisations FREDA et ECODEV, toutes les deux serties d’un réseau d’activistes (Myanmar Green Network et Mangrove and Environmental Rehabilitation Network) qui prônent avant tout la qualité de leur expertise, la valeur de leur indépendance et la neutralité de leurs revendications. Ils ont d’ailleurs acquis une aura et une écoute qui dépassent largement les milieux militants. Les figures les plus respectées (U Ohn, U Win Myo Thu) se sont imposées auprès des dirigeants, gouverneurs et leaders politiques comme des sources impartiales de conseil pour l’élaboration de leurs politiques publiques. Ce courant se compose majoritairement d’ingénieurs, anciens hauts fonctionnaires, universitaires, chercheurs, qui se sont d’abord réunis autour de problématiques environnementales traditionnelles (reforestation, conservation des mangroves et réhabilitation de la zone sèche), mais qui désormais étendent leurs champs de réflexion aux mécanismes de participation et de contrôle de la société civile dans l’élaboration de la gouvernance des ressources naturelles.

Autres organisations que l’on peut affilier à ce courant : BANCA, Gaihahita, MFFVPEA (Myanmar Fruit Flower and Vegetable Producer and Exporter Association), GreenWay.

 Le courant « intégré » considère l’environnement comme intrinsèquement lié à la question des droits politiques, économiques et sociaux des minorités. A la différence du courant plus classique, les origines intellectuelles et idéologiques de ce courant sont situées à Chiang Mai, la ville à la frontière Thai de la Birmanie qui a recueilli une grande partie de la société civile birmane fuyant le régime. Pour échapper à la répression militaire assortie d’un programme d’assimilation des ethnies à l’ethnie Bamar majoritaire, les minorités ethniques se sont exilées et constituées en opposition principalement basée à Chiang Mai. La ville est ainsi devenue un foyer florissant d’idées politiques, économiques et sociales alternatives, nourries par le soutien des ONGs Thai et occidentales.

Dans ce contexte, la sensibilité écologique de ces activistes est allée de paire avec une approche en termes de droits humains, droits des minorités, droits du patrimoine culturel et social, droits à un mode de vie et à des institutions coutumières ou ancestrales. Plus encore, les influences du courant « intégré » se sont affermies par le statut de la ville de Chiang Mai, encore aujourd’hui considérée comme un centre intellectuel qui attire tous les jeunes aspirants leaders de la société civile, toutes ethnies confondues. Des programmes éducatifs de training et empowerment organisés par les ONGs sur place ou l’université de Chiang Mai (Community Development and Civil Empowerment) sur le développement économique et environnemental sont des vraies alternatives à l’absence de considération de ces sujets par l’État birman et sa politique d’éducation. Ainsi, le spectre de ce mouvement dépasse largement les ethnies minoritaires pour inclure tous les « Alumnis » qui ont suivi des formations temporaires et reviennent ensuite dans leur région d’origine pour construire des projets de développement durable avec une approche politique, économique et sociale intégrée. L’engagement écologique peut ainsi devenir l’occasion d’un engagement et d’une représentation politique.

Tel est le cas des membres du groupe BEWG (Burma Environmental Working Group), qui choisissent le prisme de leur minorité ethnique pour organiser leur mobilisation ou encore des formations de type syndicat de fermiers qui choisissent le prisme de leur minorité économique ou sociale.